Le Département des Moments

Lettre de Yann Perreau

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UNE AUTRE CHALEUR HUMAINE

Aujourd’hui, laissez-moi prendre soin.
Prendre soin de vous par ma parole posée, sur cette feuille. Geste simple. Geste tout léger. Or, la légèreté est si souvent porteuse de sens. Voilà ce que je souhaite au fond: donner du sens. Donner du sens en laissant les lettres se placer côte à côte, former quelque chose comme une offrande, une caresse. Une fleur. Juste pour vous, entre vos mains. Une fleur offerte par un cœur d’enfant, à un cœur plus grand, le vôtre.
*« J’imagine les voyages que vous bercez, en votre for, les rues traversées, les quartiers connus par cœur, les départs, les retrouvailles, les fêtes et leurs joies qui ont décoré vos saisons. »
Et tous ces visages aimés qui restent et qui veillent, avec vous, en vous. Parfois discrètement, mais qui veillent.

Pendant que l’humanité s’adapte et se réinvente dehors, mais surtout en dedans ces jours-ci, j’ai envie de vous parler d’autre chose.

De la saveur des forêts de Lanaudière, ma région natale, et celle de ses champs, ses rivières, ses lacs, ses montagnes, des beautés que je voudrais laisser entrer par les fenêtres, toujours ouvertes, de votre regard.
Des centaines d’outardes qui nous accompagnent chaque printemps, et qui ne cessent de nous émerveiller. Chaque vol, chaque amerrissage, chaque décollage nous hypnotise par sa grâce. Nous habitons sur le bord de la rivière Ouareau dans la campagne de St-Liguori. Ma femme et moi avons trois beaux enfants. Une fille et deux garçons. Cette famille est ma plus grande richesse. J’ai conscience que la vie est belle et fragile. Que c’est un jardin qu’il faut entretenir.

Je sais encore peu de choses, mais je sais une lumière matinale d’été qui brillera juste pour vous, je sais le chœur de quelques oiseaux qui chanteront aussi, ce jour-là.

*« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous ».
Le nôtre était de se rencontrer par cette lettre, et de faire naître une Autre chaleur humaine.

Yann Perreau

*Paul Éluard


Le Département des Moments

Lettre de Patrick Norman

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Lettre aux aînés (Porte-Bonheur)

Une grande pulsion monte présentement en moi, où j’ai un grand besoin de vous partager ce que je ressens en ce moment, en pensant à vous tous. Vous qui, comme moi, avez eu une vie bien remplie : remplie de soleil, de fleurs, mais aussi de pierres et de montagnes à gravir.

Devant cette page blanche où je me demande comment puis-je exprimer ce que je ressens, comment trouver les mots qui seront à la hauteur, des mots qui auront la force et la puissance, ainsi que la plus grande douceur, un seul mot me vient en tête, et c’est MERCI. Y a-t-il mot plus grand?

Nombre de fois dans ma vie vous m’avez témoigné de votre amour, vous m’avez touché par vos histoires de vie, vos grands bonheurs et aussi vos grands malheurs et grandes tristesses. Vous m’avez accepté dans vos familles et m’avez offert le grand bonheur de vous accompagner dans vos moments de grand bonheur, vos fêtes de famille. Vous m’avez permis de vous épauler et vous réconforter dans vos moments les plus difficiles.

Ce que je ne vous ai certainement jamais dit, c’est qu’en vérité, c’est vous qui m’avez sauvé la vie à plusieurs reprises. Vous m’avez supporté, m’avez encouragé, m’avez donné votre amour inconditionnel, et cela m’a permis de passer à travers plusieurs étapes difficiles de ma vie. C’est à mon tour de vous dire : MERCI, VOUS M’AVEZ SAUVÉ LA VIE.

Toutes mes pensées sont pour vous présentement mes amis, oui mes amis, parce que pour moi, la plus grande qualité chez un ami, c’est la fidélité et l’amour que l’on se porte, le respect que l’on a l’un pour l’autre, et c’est ce que j’ai toujours ressenti entre vous et moi. Vous avez été ma force, vous m’avez permis de faire ce que j’aimais le plus au monde, c’est-à-dire ma musique.

Dans ces moments où, nous les gens qui vivent longtemps 😉 (j’aime bien nous appeler comme ça hi hi), sommes tous confinés et éloignés de nos familles, ça nous fait prendre conscience de l’importance que nous avons tous l’un pour l’autre. Aujourd’hui tous et chacun, je vous prends dans mes bras, et je vous fait le plus merveilleux des câlins. Et je vous dit encore MERCI, merci, parce que je n’ai encore trouvé le mot plus grand.

Ce que je nous souhaite c’est certain, c’est qu’on puisse conserver la santé, mais aussi qu’après toute cette histoire, on puisse tous se retrouver dans un monde meilleur, un monde d’amour, oui d’amour, non seulement l’amour entre nous, mais l’amour de ce qui nous entoure, l’amour et le respect de la terre, et de ce qui ne nous appartient pas finalement. Je nous souhaite d’avoir davantage une conscience des autres, de retrouver le sens du partage et de la simplicité.

En attendant mes bons amis, ce que je peux vous dire c’est de continuer d’écouter de la musique, dansez, chantez, et sachez que vous êtes tous très présents dans mon cœur, et que vous avez fait toute la différence dans ma vie. Prenez bien soin de vous.

Je vous aime!

Patrick Norman xxx


Le Département des Moments

Le Lilas de Jade

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Le Lilas de Jade

Hier, Jade avait 18 ans.

Jade, c’est la fille de ma voisine Nathalie.
Quand elle a réalisé que cette étape marquante dans la vie de sa grande n’allait pas se passer avec le GROS party prévu dans la cour, entourée de toute la famille et de ses amies, elle est venue cogner à ma porte.
Littéralement.

Après y avoir réfléchi, je lui ai proposé d’offrir mon magnifique lilas à Jade.
Et de le transformer en un “Lilas à souhaits”.
Les 18 voeux de ses proches pour sa vie d’adulte qui débutait…

À 9h30 tapantes, les yeux bandés et avec l’excitation d’une gamine, Jade s’est laissée guider.

Au fil des clichés, vous remarquerez que l’émotion s’est mise à la gagner de plus en plus.
Il faut dire que Nathalie avait eu la touchante idée de rédiger 2 messages spéciaux, comme venus de l’au-delà de la main de grand-papa et grand-maman.
(Vous pouvez même apercevoir sur le bras droit de Jade -photo #6- un tatouage soulignant le départ récent de son aïeule.)

Malgré la pandémie,
Malgré toute l’inquiétude liée à la violence des derniers jours chez nos voisins du sud,
Les grands événements de nos vies se poursuivent.

Et si notre travail à tous.tes, c’était justement de faire de notre mieux pour insuffler un peu plus de beauté autour de nous, qu’importe la manière…?
Je peux vous faire la promesse que l’odeur du bonheur, ben c’est pas loin de ça.

BON 18E ANNIVERSAIRE, CHÈRE JADE!
Tu viens sentir le parfum de mon/ton lilas quand tu veux!
-x-

Quelques mots reçus à l’instant de la fêtée:
« Ce n’est pas ce dont j’aurais rêvé, un passage à la vie adulte en quarantaine, mais je suis heureuse de dire que pour ma fête, j’ai reçu un cadeau unique en son genre.
Cette surprise a été une expérience unique pour moi et j’en suis vraiment heureuse!
Merci à Jean-Pier Gravel (mon voisin) d’avoir pensé à cette idée formidable, et merci à ma mère qui a su rendre cette journée exceptionnelle.
Merci à tous ceux.celles qui ont écrit un petit mot: je vous aime❤️❤️❤️. »

*Le Département des moments est là pour vous si vous désirez offrir un moment sur mesure à un être cher!!


Le Département des Moments

Cartes Postales de Guylaine Guay

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Cartes Postales
Texte de Guylaine Guay

Comme les voyages sont pour l’instant remis au futur, je me permets de vous faire voyager au passé.
De si beaux endroits que j’ai visités il y a un an, 20 ans, 30 ans- il y a une autre vie.

Première carte postale.

De Cape Cod.

J’ai 19 ans.
Ma tante Monique me dit qu’une de ses collègues de travail se cherche quelqu’un pour partager les frais d’un voyage à la mer.
Je ne la connais pas vraiment, elle s’appelle Annie, et ma tante me dit qu’elle est très sympathique.
Sans trop y penser, j’entre en contact avec cette Annie.
Je serai donc celle qui partira à la mer avec elle. Et Gemma aussi, une fille un peu plus vieille que nous, qui venait tout juste de perdre un être cher. Je n’en sais pas plus. On ne pose pas trop de questions à quelqu’un qu’on connaît peu, avec qui on va à la mer. Le deuil est une chose très intime.

Un oncle de Gemma possède une petite maison à Cape Cod : c’est là que nous habiterons pendant une semaine.
Je suis donc partie avec deux inconnues, dans une vieille voiture qui faisait un peu de fumée en roulant. Nous aurons une crevaison la première journée, et beaucoup de plaisir les six autres.

La mer, tout ce homard mangé, mes coups de soleils, ce jeune homme roux d’Ontario avec qui j’échangerai des sourires sur la plage tous les jours. Tout de ce voyage est un doux et roux souvenir. Même la crevaison en début de périple. Nous avions tellement ri! J’ai fait ce voyage à Cape Cod à 19 ans. Je n’ai jamais revu Annie, Gemma, et surtout pas ce jeune homme roux d’Ontario.

Deuxième carte postale

De Cap-aux-Meules

Pour mon 40e anniversaire, je me suis offert un voyage aux Îles-de-la-Madeleine. Mon arrière-grand-père Elzéar Leblanc y est né. Ma grand-mère Juliette m’en a parlé. J’ai de l’ADN des Îles c’est certain. Du sel dans mon sang, du vent sur mon âme.
Un premier voyage sur la terre et mer de mes ancêtres.
En solitaire, mais en duo. L’océan et moi.
J’ai eu l’impression de rentrer à la maison. L’accent musical de ses habitants bercera mon esprit longtemps.

Troisième carte postale

De Verdun

J’ai 8 ans. Ma mère travaille beaucoup. Elle est serveuse dans un restaurant et revient de ses journées complètement exténuée. Mon père s’occupe de ma sœur et moi.
Le samedi, nous allons faire un pique-nique au Parc Angrignon.
Fille de la ville, je suis certaine que c’est ça, la campagne.
Rien de bien chic, des sandwichs au poulet pressé et du jus de raisin.
Même pas de nappe, direct sur le gazon. Si le poulet de nos sandwichs était pressé, nous, on prenait tout notre temps. On marchait. On ramassait des cocottes. Mon père nous achetait un ‘popsicle’ jaune. Ça goûtait un peu la banane, et beaucoup l’amour.

Quatrième carte postale

De Villa Gisèle

J’ai 23 ans. Je décide de partir seule au Venezuela. Avec une grosse valise de couleur pêche, un chapeau de paille, et 4 robes soleil. Dans les petites annonces de La Presse, j’ai vu qu’une certaine ‘Gisèle’ louait une chambre dans sa villa,  près de la plage. J’ai appelé Gisèle, et j’ai loué cette chambre.
En mettant les pieds dans cette belle maison toute blanche, j’ai tout de suite su que ce séjour allait être magique. Gisèle avait 70 ans, bientôt 71. Dynamique, elle me racontait toutes les péripéties vécues avec les nombreux touristes qu’elle avait rencontrés. On s’est liées d’amitié. Elle m’a présenté ses amis au village. J’ai même organisé, à son insu, un petit brunch pour son anniversaire. Sur l’énorme terrasse à l’avant de la maison, j’ai cuisiné des dizaines de crêpes pour les convives. Avec de la confiture de goyaves qui goûte le soleil. Je n’ai jamais oublié Gisèle; j’espère être aussi rayonnante et pleine de vitalité qu’elle à mes 71 ans.

Cinquième carte postale

De mon cœur  

J’ai 50 ans. À la télé, à la radio, partout on parle d’un dangereux virus. Je téléphone à ma mère presque tous les jours, elle habite seule. Mon père est décédé il y a 2 ans. Je prends soin de mes fils. J’ai la chance d’avoir un conjoint vaillant.
Cette adversité me permet de prendre position quant à mes valeurs profondes. Je suis reconnaissante. Je ne manque de rien, je suis en santé.
Tous les jours, je remercie celles et ceux qui nous soignent, nous protègent, nous nourrissent, nous enseignent.

Les voyages ne sont pas permis en ce moment. Mais ce voyage intérieur que je fais présentement, sans valise ni passeport, cette escapade de patience, cette randonnée de tolérance, cette croisière de gratitude… Je prendrai le temps de tout vivre, en entier.
Et ce, avec dans mes poches, des souvenirs comme des coquillages qu’on ramène d’un séjour à la mer, pour ne pas en oublier la beauté.
Avec moi pour toujours : la générosité de mon père, le courage de ma mère, la joie d’Annie, la résilience de Gemma, la gentillesse du jeune homme roux d’Ontario, la chaleur humaine des gens des Îles, la bonté de ma grand-mère, la vivacité d’esprit de Gisèle, la fougue de ma sœur.
Ces voyages humains, plein mon cœur.

Prenez bien soin de vous.
Avec amour et tendresse,
Guylaine xx


Le Département des Moments

Lettre de Aly Ndiaye

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Lettre de Aly Ndiaye

Bonjour à vous,

J’espère que vous allez bien malgré les circonstances.

Il n’est pas toujours évident de trouver les mots pour communiquer avec des gens que l’on ne connaît pas; toutefois, l’humanité étant notre dénominateur commun, j’espère que ces mots sauront trouver leur chemin.

Je m’appelle Aly Ndiaye, alias Webster, et je suis un artiste hip-hop; je voyage à travers les continents afin de partager ma passion pour la musique et l’écriture. J’ai aussi une formation en histoire et je me suis, avec le temps, intéressé à la présence noire et l’esclavage au Québec depuis l’époque de Samuel de Champlain.

Je suis né et j’ai grandi dans le quartier Limoilou, à Québec. Mon père est venu du Sénégal en 1970 pour étudier à l’Université Laval, où il a rencontré ma mère, une native de Limoilou. Mon grand-père maternel, Jules Mercier, travaillait pour les petits gâteaux Vachon à Québec, des pâtisseries qui ont sucré mon enfance. Ma grand-mère paternelle, Marietou Diop, habitait le petit village de Keur Samba Kane au Sénégal. Ne parlant que le wolof, je n’ai jamais pu communiquer directement avec elle, nous avions toujours besoin de quelqu’un pour nous interpréter l’un et l’autre. Toutefois, même sans les mots, j’ai toujours ressenti le grand amour qui nous unissait; c’est cette particularité humaine que nous avons d’échanger les sentiments sans avoir à les nommer.

Lorsque je donne des conférences dans les maisons de retraite, ma grande passion n’est pas de livrer l’information, mais bien d’entendre les gens me raconter leurs souvenirs. Il est fascinant pour moi d’entendre les histoires personnelles du siècle passé. Plusieurs d’entre vous ont vécu la Grande dépression, la Deuxième guerre mondiale, le Refus global, les assassinats de Kennedy et de Martin Luther King, l’alunissage, la Guerre froide, les feuilletons radio et l’arrivée de la télé (noir et blanc et puis couleur), la crise des missiles cubains et puis celle d’octobre 70, Expo 67, la grande Francofête, les deux référendums, internet et, plus récemment, la grande pandémie de 2020.

Vous avez vécu tous ces événements historiques en plus de ceux du quotidien, dans vos familles, au travail et dans vos paroisses. Chacune et chacun d’entre vous sont désormais des bibliothèques encyclopédiques du Québec du 20e siècle; j’espère, un jour, pouvoir parvenir à cette étape et être en mesure de me remémorer ce chapelet d’histoires, parfois heureuses, parfois tristes, mais qui, au final, déterminent ce que nous sommes. D’ici là, je souhaite pouvoir puiser en vous ces souvenirs qui constituent notre identité, en tant que Québécois et Canadiens, certes, mais, et surtout, en tant qu’êtres humains.

Merci d’être ce que vous êtes.

Je vous transmets mes salutations et toute mon affection. Bon courage,

Aly Ndiaye alias Webster